12/01/2019

La haine comme argument politique

A l’occasion de la prochaine votation du 10 février 2019, relative à la Loi sur la laïcité, le groupe d’extrême-gauche genevois, Ensemble à gauche, a utilisé pour son affiche de campagne la photo du conseiller d’Etat, Pierre Maudet, provenant d’une image RTS, avec pour seul slogan « NON à une loi Maudet liberticide et arbitraire ». L’image - libre de droits ? - est en noir et blanc, la figure du magistrat crispée et grimaçante; seuls les logos en bas sur le côté permettent d’identifier les formations politiques à la genèse d’une telle communication. Au-delà du premier effet de surprise à voir un groupe parlementaire utiliser la photo d’un opposant politique sur son affiche électorale pour présenter sa position, on s’interroge sur les motivations d’Ensemble à Gauche, dont les méthodes semblent fleurter avec celles de propagandistes d’une autre époque.

Car ce faisant, l’extrême-gauche genevoise, indubitablement à court d’arguments, déplace le combat des idées politiques sur celui de l’attaque ad personam. En choisissant de s’en prendre à la personne même, un membre de l’exécutif cantonal, l’extrême-gauche franchit les limites de l’acceptable ; en s’affranchissant du cadre des idées, elle utilise les procédés de ceux-là même  qu’elle est censée combattre et se place sur le champ du règlement de compte plutôt que sur celui de la proposition politique. Elle n’élève pas le débat, elle conspue, elle désigne, elle condamne. Elle n’explique rien, car sans doute n’a-t-elle plus rien à vendre que les postures éructantes de ses élus, qui profitent de la position actuelle d’un magistrat d’envergure pour tenter de l’écraser définitivement. C’est abject, mais c’est un choix. Celui des fakes news, celui de la haine, plutôt que celui des idées et des projets concrets pour Genève. 

Si le combat politique est dur, souvent ingrat, chronophage et éreintant, il n’en est pas moins noble, quand il engage des adversaires idées contre idées.

Le débat sur la laïcité est un débat exigeant, qui demande à la classe politique de prendre de la hauteur pour présenter aux Genevois les tenants et les aboutissants d’un tel texte, afin que les citoyens et les citoyennes de notre canton puissent se déterminer et faire leur choix en conscience. Rappelons que cette loi a été largement soutenue par le Grand Conseil avec une majorité de 63 OUI et qu'elle est issue d'un travail concerté entre experts et scientifiques reconnus, suivi par la rédaction du projet du Conseil d’Etat en 2015 et enfin par les travaux de députés en commission des droits de l’Homme. C'est donc le résultat d’une minutieuse concertation citoyenne et démocratique, et non le fruit d'une instrumentalisation politique.

En salissant plutôt qu’en expliquant, l’extrême-gauche se fourvoie, car elle ouvre une porte béante à tous les professeurs de brutalité et d’anéantissement. Gageons que ce n’est pas ce que souhaitent les Genevoises et les Genevois pour exprimer leur voix.

 

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